Ostéopathe parmi les loups

Photo de Philippe BREGEAT

Quel rapport entre l’ostéopathie et les loups ? Aucun je vous rassure mais cet article aura tout de même sa place sur mon site dit professionnel…
Le titre est prétentieux car je n’ai jamais vécu parmi les loups. C’est un rêve, une chimère qui ne se réalisera pas et c’est mieux ainsi pour la tranquillité de cet animal souverain.

Tout démarre à l’âge de 14 ans, assis confortablement dans mon fauteuil à côté de mon père, un soir d’autorisation parentale pour regarder le film de 20h30.
C’était « Wolfen », un film contemporain du début des années 80 avec une touche de fantastique, qui n’avait pas connu, je crois, un grand succès. Et pourtant, il sera le point de départ d’un long combat qui ne me quittera plus jamais.

En effet, il a suffit d’une courte scène au cours de laquelle on voit un zoologiste qui regarde sur son lieu de travail un documentaire sur les différentes méthodes d’abattage des loups aux Etats-Unis. Et il finit par pleurer devant ce massacre filmé…
Moi, seul avec mes pensées sachant que je ne trouverai pas la réponse auprès de mon père non spécialiste des loups, je me demandais ce qui avait conduit l’humain à se lancer dans une politique d’éradication de cet animal sauvage, que ce soit aux Etats-Unis ou dans toute l’Europe au début du XX siècle, au point de provoquer sa disparition totale ?
Je me suis mis à lire et à lire pendant des années pour me documenter sur le sujet.
Plus j’en apprenais sur lui et surtout sur les raisons de son manque de popularité, plus je défendais sa cause et plus j’en voulais à mon espèce.
Grâce à des personnes comme Gérard Ménatory, Christophe Levalois et d’autres aussi bienveillantes, grâce à la convention de Berne de 1979 pour l’Europe et l’arrêté ministériel du 27/07/1993 en France, le loup devient une espèce protégée et retrouve un certain aura (qui existait depuis fort longtemps parmi les peuples amérindiens). Cet aura remettra en question tous les mythes et légendes qui ont alimenté, à tort, nos peurs ancestrales.
Car cet animal d’une intelligence rare, d’une vie sociétale et d’une organisation familiale qui mériteraient notre respect, a depuis, je dirais l’époque de Charlemagne et de ses désormais tristes et « célèbres » Louveteries, été le bouc émissaire pour justifier les crimes crapuleux de l’époque dans les villages et le responsable tout désigné des méfaits que subit le bétail (voir l’histoire de «la bête du Gévaudan » par exemple).
Concernant ce dernier point, les évènements se sont aggravés avec l’expansion de l’activité pastorale mais surtout avec l’abandon croissant des règles de base du métier de Berger pour protéger le bétail des attaques bien réelles.

En fait, l’homme n’a jamais su ou voulu s’adapter à la présence du loup pour des raisons économiques (investissement dans des chiens de Berger destinés à la conduite et à la surveillance des troupeaux ovins et caprins), pastorales (depuis l’apparition de l’élevage, l’humain s’est approprié les terres dites sauvages et considère que sans sa présence et son activité, la qualité du paysage et les espèces vivant dans un milieu ouvert sont amenées à disparaître…), politique (à cause de mesures gouvernementales qui privilégient l’aspect budgétaire et électoraliste pour calmer les esprits plutôt que de solutions évidentes permettant une meilleure cohabitation et un respect de la biodiversité).
Certains manipulent à ce jour l’opinion publique en alimentant les vieilles peurs enfouies dans notre cerveau reptilien depuis que le Loup gris européen a franchi la frontière italienne pour venir s’installer chez nous. Procédé simpliste pour ne pas respecter son statut d’espèce protégée et ainsi se permettre d’effectuer des prélèvements (terme hypocrite pour parler de tuerie) avec l’aval de politiques irresponsables utilisant des slogans d’une bêtise sans nom ; comme sait si bien le faire notre ministre Castaner quand il parle de BUTER des loups lors d’une conférence au bénéfice d’une corporation de chasseurs et d’éleveurs marginaux mais possédant un pouvoir lobbyiste, électoraliste qui me dépasse.
Comme tout sujet qui s’ignore et fait le lit des mensonges et des polémiques, je mets à la fin de cet article quelques références littéraires et cinématographiques qui permettront de mieux comprendre cet animal magistral et d’éviter d’en faire un « grand méchant loup ».

C’est en tant qu’ostéopathe, toujours amoureux de la vie, que je me permets de parler d’une injustice car derrière le praticien de santé qui soigne et soulage les gens, se trouve un seul homme qui respecte et essaie de protéger avec ses petits moyens la nature et ses occupants.
Depuis peu j’ai découvert l’affut en photographie animalière au cours de laquelle j’ai pu croiser des amoureux de la nature dont Patrice Raydelet, naturaliste, animaliste et écrivain (je vous conseille vivement de lire son dernier livre que je mentionne dans les références). Mes sorties en Italie dans les Abruzzes et en Biélorussie avec, entre autres , Fabien Bruggmann, photographe animalier professionnel, m’ont conforté dans l’idée que la nature et ses occupants sans voix méritent notre attention, notre respect et qu’on les laisse tranquilles.
Pour moi, le loup est l’animal emblématique qui symbolise le combat à mener pour que la vie sauvage reprenne ses droits dans un monde que l’humain a la prétention de dominer en permanence.
Les virus et bactéries sont là pour nous rappeler que nous ne sommes que des grains de poussière fragiles et de passage dans un univers en perpétuelle transformation…

Photo de Fabien BRUGGMANN

Quelques références :

– Patrice Raydelet (Les animaux, la nature et la France-édition L’Harmattan).

– Elli H.Radinger (La sagesse des loups-édition Trédaniel)

– Geneviève Carbone (La peur du loup)

– Philippe Huet (le monde des Loups-édition Hesse)

– Fabien Bruggmann (Elliott et les Loups)

– Christophe Levalois (Le loup ; mythes et traditions-édition Le courrier du livre)

– Jean Paul Malaval (Le carnaval des loups)

– Jocelyne Thomas (Le livre de Brad, les loups de Port St Père- édition St François)

– « La fin d’un mythe », film réalisé par Bill Masson

– « un homme parmi les loups » film réalisé par Caroll Ballard

– « La légende de Lobo » réalisé par James Algar

– « La vallée des Loups » et « Marche avec les loups » réalisés par Jean Michel Bertrand.

– Vincent Munier rencontre le Loup blanc dans le désert arctique ( sur YouTube)

– « Wolfen » réalisé par Michael Wadleigh, qui est un film fantastique, je le précise ;-)) Mais qui appelle à une certaine réflexion …